Miniatures. Carnets d'un inquisiteur 2

Essai

Extraits

 

Lettre à Gérard. Même en pleine extase littéraire– de création littéraire – l’envie encore me manque d’être heureux.

 

On ne devrait jamais permettre aux imbéciles de se consulter : c’est là la grande faiblesse de la démocratie.

 

Aujourd’hui, jeudi, je me remets avec fureur à la rédaction de L’Invisible Occident. Étrange que, sous le fouet du travail, les personnages et les événements s’éclairent, s’ordonnent, se décantent le mieux – selon les rites du théâtre.

 

Rien ne m’effraie – ou ne me fait davantage pitié – que de voir mes proches croire en l’infaillibilité de mon talent d’écrivain et de souhaiter que je réussisse. Mais moi je sais que je serai à jamais « un échec » et il m’est très douloureux d’observer le scintillement de l’illusion chez ceux de mon entourage. Je suis prêt à leur rendre n’importe quel service, mais pas celui de les tirer de leurs rêves à mon sujet. J’ai beau être un iconoclaste, je refuse de terrasser leur Idole d’argile. Je n’en aurais pas le coeur.

 

Chacun de mes intimes me gueule que je suis un monstre parce que je ne cesse de critiquer les autres hommes – ne paraissant trouver chez eux rien de valable. Bien au contraire ! Mais je veux que les hommes s’éreintent à être humains. Moi qui aspire à rejoindre et vivre sa condition d’homme sur Terre – sans compromis – est immanquablement jugé féroce, inhumain, voire aliéné !